
Épreuve n°1 : Synthèse de documents
Vous ferez une synthèse des documents proposés, en 220 mots environ (+/- 20 mots). Pour cela, vous dégagerez les idées et les informations essentielles qu’ils contiennent, vous les regrouperez et les classerez en fonction du thème commun à tous ces documents, et vous les présenterez avec vos propres mots, sous forme d’un nouveau texte suivi et cohérent.
Attention :
– vous devez rédiger un texte unique en suivant un ordre qui vous est propre, et non mettre deux résumés bout à bout ;
– vous ne devez pas introduire d’autres idées ou informations que celles qui se trouvent dans les documents, ni faire de commentaires personnels ;
– vous pouvez bien entendu réutiliser les mots-clés des documents, mais non des phrases ou des passages entiers ;
– le respect de la consigne de longueur fait partie intégrante de l’exercice.
Dans le cas de non respect, on appliquera une correction négative : 1 point de moins par tranche de 20 mots en plus ou en moins.
Règle de décompte des mots : est considéré comme mot tout ensemble de signes placés entre deux espaces. «c’est-à-dire » = 1 mot; «un bon sujet
Épreuve n°2 : Essai argumenté
Au nom d’une association qui lutte contre les discriminations en milieu professionnel, vous écrivez à la ministre du Travail pour dénoncer les discriminations linguistiques dont souffrent de nombreux salariés. Vous insistez sur leur gravité en vous appuyant sur des. Exemples précis et vous proposez des mesures concrètes. (250 mots minimum)
Synthèse
Accents : une source de fierté ou un objet de discrimination
La France est un pays défini par sa diversité, connu pour sa palette de fromages, de vins, et… d’accents. Or, les pouvoirs de l’élite de Paris tentent depuis longtemps de standardiser la langue française. De nos jours, l’omniprésence de l’accent orthodoxe français à la télévision et à la radio constitue la plus grande menace à la diversité d’accents à travers le pays. Néanmoins, maints patois continuent à prospérer, tandis que les accents régionaux restent distincts d’un bout à l’autre de l’Hexagone. Un récent sondage a d’ailleurs révélé que la moitié des Français affirment avoir une diction régionale.
Cependant, plutôt que d’être une source de fierté, ces différences régionales sont trop souvent perçues comme des objets de discrimination au point qu’un sociolinguiste a créé un néologisme pour mieux définir ce phénomène : « la glottophobie ». Ce qui est encore plus frappant, c’est à quel point cette discrimination est non seulement fréquente mais aussi néfaste. Chez les Français déclarant avoir un accent, 27% ont affirmé avoir été régulièrement l’objet des moqueries, alors que 16% ont déclaré avoir été victimes de préjugés dans le cadre d’un examen, d’une compétition, ou d’une entrevue.
En fin de compte, les chercheurs suggèrent plusieurs méthodes pour lutter contre la glottophobie. Premièrement, il y a la stratégie du caméléon. C’est-à-dire que nous pouvons adapter notre accent selon le cadre. Deuxièmement, nous pouvons célébrer et accentuer ces différences afin qu’elles deviennent plus banalisées.
(mots = 237)
Essai Argumenté
Philippe Abrams
Association pour la Défense des Droits Linguistiques
12, rue de Victor Hugo
59000 Lille
Monsier Dussopt
Ministère du Travail
127, rue de Grenelle
75007 Paris
Bergues, le 15 octobre 2022
Objet : Mettre en lumière la glottophobie
Monsieur le Ministre,
Je me permets de vous écrire à propos d’une grave maladie qui ravage notre pays bien-aimé ; un virus qui a infecté les cœurs et les esprits de nos chers compatriotes en pourrissant les principes centraux de notre société ; une peste qui frappe à la fois les plus aisés et les plus indigents d’entre nous. Il s’agit, bien entendu, de la glottophobie, plus connue sous le nom de la discrimination linguistique. En qualité de président de l’Association pour la Défense des Droits Linguistiques (ADDL), je souhaite vous informer de l’ampleur et des conséquences néfastes de ce phénomène.
Tout d’abord, permettez-moi de vous dresse un tableau de la gravité de la situation. Selon des chercheurs, environ 10 millions de Français souffrent des moqueries en raison de leur accent, pendant que 16% des Français ont été victimes de discrimination dans le cadre d’un examen, d’un concours, ou d’un entretien. Vous pouvez être assuré que ce problème ne se cantonne pas aux moins instruits d’entre nous. Il a proliféré, se répandant des caniveaux jusqu’aux tours dorées. Même notre ancien Premier ministre Jean Castex n’a pas échappé aux moqueries pour son accent gersois (à vrai dire, c’est bel et bien un accent insupportable).
En tant qu’aixois et ancien facteur qui a posé ses valises à Lille il y a 14 ans, j’ai été témoin des partis pris incessants envers les Ch’tis. Dès mon plus jeune âge, on m’avait inculqué que nos chers compatriotes du Nord étaient grossiers et incultes, dépourvus d’instruction, avec des coutumes barbares, dues à leur accent. En bref, les philistins non cultivés ! D’ailleurs, une telle discrimination a des conséquences bien réelles. Mes voisins refusaient d’employer, voire de collaborer avec les Nordistes. J’admets avoir été également coupable de cette croyance discriminatoire, au point d’avoir été muté volontairement à Bergues dans le Nord pour mener une mission civilisatrice. Cependant, en arrivant dans la belle ville de Bergues, je me suis vite rendu compte que rien ne pouvait être plus éloigné de la vérité. Mes nouveaux voisins ch’tis possédaient une convivialité et une conscience professionnelle inimitables. Autrement dit, c’étaient les personnes les plus robustes, spirituelles, et joviales que j’aie jamais rencontrées.
Monsieur le Ministre, tout ceci pour dire que la menace de la discrimination linguistique est effrénée, elle est insidieuse, elle est moralement intenable, et il faut y remédier. Jamais depuis avant le règne du Roi Charlemagne la France n’avait été aussi divisée. Comme un parasite se nourrissant de son hôte jusqu’à ce qu’il ne reste qu’une carcasse, ce fléau linguistique fait pourrir notre pays, lentement et furtivement, restant inaperçu jusqu’à ce qu’il ne soit trop tard. Nous devons l’attaquer rapidement et vigoureusement. Hélas, je vous implore, vous et votre gouvernement, d’agir en rendant illégale la discrimination basée sur l’accent. Plutôt que de permettre à notre diversité linguistique d’être dénigrée et invectivée, nous devrions la célébrer en encourageant nos enfants à apprendre le patois et l’accent de leur région.
Les représentants de mon association et moi, nous aimerions vous rencontrer dès que vous seriez disponible, afin que nous puissions en discuter et tenter de trouver des solutions ensemble.
Dans l’attente de votre réponse, veuillez agréer, Monsieur le ministre, l’expression de mes salutations distinguées.
Cordialement,
Philippe Abrams
(Nombre de mots comptant le titre = 543)
Les Textes
L’accent, handicap invisible : des linguistes dénoncent la « glottophobie »
« Il va falloir changer d’accent, essaie de faire plus Parisien ». Ces propos ont été lancés par un professeur à Cédric, étudiant toulousain. Il affirme avoir été « un peu mis à l’écart » à la faculté du Mirail, « à cause de [son] accent du sud-ouest » très prononcé. Il déplore une « attitude abjecte », le « prenait mal », mais arrive désormais à « passer outre ». Le sociolinguiste Philippe Blanchet, enseignant à l’université Rennes-II, recense les refus d’embauche liés à cette discrimination. L’inventeur du concept de glottophobie ne souhaite pas surestimer ce problème, mais considère qu’il peut constituer un frein dans l’accès à certains postes, surtout ceux dans le relationnel et la communication. Alors que le Premier ministre Jean Castex, d’origine gersoise, est raillé pour sa prononciation, La Dépêche a interrogé des spécialistes de la question.
Les clichés sur les accents ont la vie dure, et sont inhérents à l’histoire française. « On a eu un mouvement centralisateur, avec l’unilinguisme comme base, et visant à gommer les langues et particularités régionales » affirme Maria Candea, sociolinguiste à l’université Sorbonne-Nouvelle. De cette centralisation naît une norme linguistique « imposée par Paris, le centre du pouvoir », selon Médéric Gasquet-Cyrus, linguiste et maître de conférences à l’université d’Aix-Marseille.
Si on ne parle pas de façon normée, il est dès lors difficile de rentrer dans la norme établie. « Dans les métiers où la parole est importante, il y a des personnes discriminées pour leurs accents » note l’universitaire. Les linguistes, fervents défenseurs de la diversité des langues, se désolent qu’un marqueur social et identitaire puisse devenir un handicap. « J’ai de nombreux témoignages d’individus à qui on a refusé un métier de parole, avec comme motif invoqué, l’accent » confie le sociolinguiste Philippe Blanchet.
Aussi, il ajoute que « près de 20 % de la population dit avoir été discriminée » pour cette raison. L’accent est vecteur de préjugés en tout genre, détaillés par Médéric Gasquet-Cyrus : « Le Ch’ti va renvoyer à une personne populaire, le Corse à la roublardise, et l’accent du sud à une personne joviale, mais dénuée de sérieux » déclare-t-il. Une fatalité qui colle à la peau des discriminés, mais qui n’est pas insurmontable.
À en croire le linguiste Médéric Gasquet-Cyrus, gommer son accent est une fausse bonne idée. « Beaucoup de gens font face à ce dilemme et prennent des positions différentes. En changeant sa manière de parler, on peut se sentir mal à l’aise, puis l’accent peut revenir de manière inopinée. Parfois, il y a un sentiment de déchirement et de trahison qui fait surface en abandonnant sa prononciation » confie-t-il. Maria Candea souhaiterait quant à elle qu’on apprenne aux individus à « jongler » entre les accents, plutôt que de les abandonner. « En fonction de mon environnement, j’ai des prononciations différentes. Je ne vais pas avoir le même accent au Stade Vélodrome que lorsque j’enseigne à l’université » acquiesce Médéric Gasquet-Cyrus.
Sacha Tisic, La Dépêche, 12/07/2020
Vous avez dit glottophobie mais avec quel accent ?
J’ai un accent, et alors ? Le titre du livre claque comme un défi à la glottophobie. […] Imaginons ce mot rarissime dans le vocabulaire courant surgissant dans la conversation : « glotto quoi ? phobie d’accord mais glotto ? Gloup Gloup… ! » Le terme glottophobie est un néologisme pour discrimination linguistique, forgé par le sociolinguiste et professeur à l’université de Rennes 2, Philippe Blanchet, pour désigner les discriminations linguistiques de toutes sortes, le mépris, la haine, l’agression, le rejet, l’exclusion, la discrimination négative dont sont victimes des personnes.
Ignorée, la glottophobie peut se révéler douloureuse lorsqu’on la subit. Le premier sondage de l’Ifop consacré à ce sujet le montre clairement. La moitié des Français avouent une diction régionale « un peu », « assez » ou « très marquée ». Les ouvriers plus que les cadres : 57 % des premiers, 41 % des seconds. Les habitants du Nord-Pas- de Calais (84 %), de Midi-Pyrénées (83 %) et de Franche-Comté (78 %), bien davantage que ceux du Centre-Val de Loire (21 %), des Pays de la Loire (23 %), de Poitou- Charentes (25 %) et de Bretagne (31 %). 84 % en Provence-Alpes-Côte d’Azur, ce qui est surprenant au premier abord.
« Il s’agit d’un territoire qui attire beaucoup d’“immigrés de l’intérieur” », analyse Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l’Ifop. Sur les 33 millions de Français ayant conservé des intonations de leur terroir, 27 % essuient des moqueries, « souvent » ou « de temps en temps », dans leur vie quotidienne. Ce pourcentage grimpe à 60 % chez les tenants des prononciations les plus typées. Dans leur environnement professionnel, ils ne sont pas toujours épargnés : 16 % des sondés disent avoir été victimes de discriminations lors d’un concours, d’un examen ou d’un entretien d’embauche. La discrimination professionnelle par l’accent touche plutôt les hommes (20 %), les moins de 35 ans (27 %) et les cadres (36 %). « À l’embauche, elle est assumée par les employeurs qui la trouvent parfaitement justifiée, comme s’il existait une bonne façon de parler le français et des mauvaises », s’insurgent les auteurs.
Des interviews réalisées pour le livre confirment les résultats de l’enquête sur laquelle se sont appuyés les auteurs, les éditions Michel Lafon et Mag’Centre. La Berrichonne Patricia Darré attribue la disparition des accents régionaux à l’envahissement de celui « orthodoxe et conforme », distillé par les radios et les télés qui répandent dans tout le pays celui que pratiquent les sphères de pouvoir.
Certes, mais les accents qui parlent autant que les mots des langues régionales ont la vie dure et le livre en est la preuve. Leurs défenseurs sont nombreux. Le succès du musicien auteur-compositeur-interprète, Alan Stivell qui a exporté le Breton jusqu’aux États-Unis en est la parfaite illustration. L’ancien directeur du Tour de France Jean- Marie Leblanc démontre avec passion quelle perte ce serait si on envoyait aux oubliettes ce lien si profond et instinctif par lequel on se reconnait être entre soi. Le député (LREM) de l’Hérault Christophe Euzet, juriste mi-sétois, mi-catalan, a déposé une proposition de loi « visant à promouvoir la France des accents avec pour objectif
d’inscrire ces particularismes de diction sur la liste des fondements de la discrimination, dans le Code pénal et dans celui du travail ». […]
Françoise Cariès, Mag’Centre, 10/06/2020